20 juin 2026

    K-Beauty au Musée Guimet : ce que l’exposition dit vraiment de l’injonction à la beauté en Corée

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    K-Beauty au Musée Guimet : ce que l’exposition dit vraiment de l’injonction à la beauté en Corée

    L’exposition K-Beauty du Musée Guimet ne se limite pas aux tendances skincare vues sur les réseaux sociaux : elle retrace quatre siècles de représentations de la beauté en Corée et montre que la « beauté coréenne » est d’abord un récit culturel, avec ses contradictions sociales.

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    Le Musée Guimet propose jusqu’au 6 juillet 2026 l’exposition « K-Beauty. Beauté coréenne, histoire d’un phénomène », un parcours chronologique en trois parties qui replace la notion de « beauté coréenne » dans quatre siècles de représentations, de la fin de la période Joseon à l’ère Hallyu. Le Journal des Arts y a consacré, le 19 juin 2026, une visite critique signée Olympe Lemut qui dépasse la lecture marketing du terme K-Beauty.

    Une exposition qui part du XVIIIe siècle coréen

    L’exposition du Musée Guimet n’a pas pour point de départ les marques de cosmétiques ou les idoles de K-pop qui ont popularisé l’étiquette « K-Beauty ». Le parcours remonte aux prémices d’une théorie de la beauté en Corée, à partir d’une chronologie divisée en trois parties, chacune centrée sur une « réinvention » de la notion. De nombreux prêts de musées coréens ponctuent l’accrochage.

    Le parti pris muséographique est d’installer le récit dans les espaces restreints du deuxième étage du musée, avec une rotonde réaménagée pour la deuxième partie du parcours, consacrée aux cosmétiques. Les commissaires ont opté pour un nombre réduit d’œuvres et, quand une pièce n’a pas pu voyager, pour une reproduction imprimée sur les murs, comme c’est le cas de la célèbre Beauté de Shin Yun-Bok.

    Shin Yun-Bok et « la Joconde coréenne »

    L’œuvre la plus commentée du parcours est la Beauté peinte par Shin Yun-Bok à la fin du XVIIIe siècle, conservée à la fondation Kansong de Séoul. Présentée en reproduction dans la première salle, elle est, selon Claire Trinquet-Soléry, co-commissaire de l’exposition et chargée de projets numériques au musée, « incontournable dans la société coréenne » : surnommée « la Joconde coréenne », elle est devenue un mème sur les réseaux sociaux et a fait l’objet de plusieurs séries, dont une diffusée sur Netflix, ainsi que d’un roman.

    La présence de cette œuvre ancre le parcours dans une histoire longue : à la fin de la période Joseon (1392-1910), la représentation des femmes évolue vers plus de naturel, « en s’éloignant des stricts idéaux de la beauté hérités du confucianisme », explique la commissaire. Les œuvres montrent alors des figures aux lignes souples, au teint pâle, aux lèvres rouges, portant des perruques élaborées. Ce style, d’abord réservé aux gisaeng (courtisanes), est ensuite adopté par les femmes des classes supérieures lettrées.

    Soins de beauté : gestes, objets, métiers

    La deuxième partie du parcours, installée dans la rotonde, est consacrée aux soins cosmétiques eux-mêmes. De grandes vitrines sobres et des bannières verticales présentent les accessoires des rituels de beauté coréens depuis le XVIIe siècle : petits pots en céramique, ustensiles de coiffure, coffrets en marqueterie de nacre, autant d’objets qui dessinent « un univers sensuel », selon le Journal des Arts.

    Le commissariat a tenu à signaler que ces gestes « s’accomplissaient dans la partie de la maison réservée aux femmes », ce qui replace la beauté dans une sociabilité domestique précise. Le parcours évoque aussi l’évolution de la beauté masculine en Corée, à travers des objets cosmétiques présentés dans les mêmes vitrines. Des scènes de genre illustrent la diffusion de ces modes esthétiques dans les classes populaires, ainsi que les métiers associés à la pharmacopée et à la chapellerie.

    Une commissaire qui assume la contradiction

    L’exposition est co-commissariée par Claire Trinquet-Soléry, chargée de projets numériques au Musée Guimet. Sa ligne scientifique, telle que la rapporte Le Journal des Arts, consiste à présenter la beauté coréenne comme « un récit et une culture spécifique », pas comme un catalogue de marques. Cette approche permet d’aborder frontalement l’injonction sociale que la notion charrie : idéal féminin exigeant, contrôle du teint et du corps, circulation des normes entre classes et entre époques.

    Le parcours joue aussi sur le présent. À côté des paravents, peintures sur soie, magazines populaires et photographies, on trouve des costumes contemporains et des éléments de culture populaire (mangas, extraits de séries TV), ainsi qu’une fiction numérique diffusée dans la première salle, qui prolonge l’idéal Joseon dans la création contemporaine. Beaux Arts, autre média culturel francophone, relève pour sa part cinq « préceptes » ou rituels fascinants livrés par l’exposition, entre héritage ancestral, soins naturels et nouveaux standards venus de Corée.

    Dans le cadre des 140 ans du traité d’amitié franco-coréen : l’exposition s’inscrit dans la programmation que le musée Guimet consacre en 2026 à cet anniversaire diplomatique, au côté d’autres rendez-vous coréens déjà proposés dans l’institution.

    Informations pratiques

    • Titre : « K-Beauty. Beauté coréenne, histoire d’un phénomène ».
    • Lieu : Musée Guimet, 6 place d’Iéna, 75116 Paris.
    • Niveau : deuxième étage du musée, avec rotonde réaménagée pour la partie consacrée aux cosmétiques.
    • Dates : exposition visible à Paris jusqu’au 6 juillet 2026.
    • Commissaire citée dans la presse : Claire Trinquet-Soléry, co-commissaire, chargée de projets numériques au musée.
    • Pour approfondir : dossier de presse et visuels officiels sur le site du musée Guimet.

    Sources

    • Le Journal des Arts — « K-Beauty » revient sur l’injonction à la beauté en Corée (Olympe Lemut, 19 juin 2026) : lejournaldesarts.fr
    • Musée Guimet — K-Beauty. Beauté coréenne, histoire d’un phénomène (page officielle de l’exposition) : guimet.fr
    • Beaux Arts — Expo « K-Beauty » à Paris : 5 secrets de beauté coréenne révélés au Musée Guimet : beauxarts.com